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C’est un film comme on voudrait en voir plus souvent.
El Gusto est un documentaire réalisée par une jeune architecte qui n’était pas vouée à faire de la réalisation, Safinez Bousbia.
En 2003, alors qu’elle se ballade dans sa ville natale, dans la Casbah d’Alger, Safinez entre chez un miroitier qui se met à lui raconter les plus belles années de sa vie. Celles où il dirigeait un orchestre Chaabî (un genre musical populaire en Algérie, souvent associé à la fête) composé de juifs et arabes algériens. Au delà de l’aspect musical, le miroitier se souvient de cette amour indéfectible, fraternel entre juifs et arabes. Safinez Bousbia a alors 23 ans.
A partir de ce moment, l’étudiante en architecture se lance dans une nouvelle aventure. Elle promet à cet homme de retrouver toutes les personnes qui ont composé cet orchestre et que la guerre d’indépendance a séparé il y a 50 ans. Elle commence donc ce périple et décide en même temps d’en faire un film documentaire.
Huit ans plus tard, elle se retrouve également manager de cette troupe de musiciens qui fait des tournées dans plusieurs villes de France et d’ailleurs.
« C’est indispensable que cette histoire soit vue et entendue par plein de gens » nous raconte Safinez. « Au départ je n’ai pas eu de fonds. On m’a prise pour une folle. j’ai vendu ma maison, mes biens et j’ai entrepris l’aventure seule. Une fois que les premières images ont été tournées, pas mal de gens m’ont financé » nous confie-t’elle.
L’expression « la musique adoucit les mœurs » prend tout son sens dans ce film puisque Safinez apporte un regard jeune sur cette histoire d’amitié judéo-arabe et compte bien transmettre aux diverses communauté religieuse de France cette relation dont la plupart ignore l’existence.
Radio Judaïca: Le fait d’être jeune et de se passionner pour ce sujet, a t’il pour but d’intéresser les jeunes générations qui ignorent pour la plupart comment cohabitaient juifs et arabes dans les pays du Maghreb à une certaine époque et leur culture commune?
Safinez Bousbia: Personnellement j’ai honte de voir que notre génération est comme ça. Nous sommes censés évoluer. Quand on regarde ces vieux messieurs qui sont la génération de nos grands-parents, qui vivaient normalement ensemble, on se demande ce qui a bien pu se passer.
René Perez par exemple (un des musiciens juifs de l’orchestre NDLR) mange algérien et parle arabe chez lui. Je vois pas la différence. Être juif ou musulman ce n’est que ta religion mais ce que tu es et ton identité est autre. C’est tout une coutume, une manière de vivre. Je ne vois pas qu’est ce qui s’est passé pour que notre génération ait autant de haine et ce blocage. Si ça a existé une fois c’est que ça peut exister de nouveau.
On ne peut pas contourner l’histoire, mais le problème israélo-palestinien a créé des mentalités assez particulières qui fait que certains pays commençaient à prendre parti. En algérie, entre autres, tout le peuple a été obligé de payer ce prix. Le peuple n’a jamais été consulté sur le partie pris du pays.
L’algérie a suivi très rigoureusement le conflit israélo-palestinien.
Radio Judaïca: justement, dans votre documentaire, on constate que la guerre d’Algérie et le conflit israélo-palestinien n’ont pas créé de scissions et de différends avec le temps au sein de cette orchestre recomposée. Bien au contraire, on est ému de les voir se retrouver 50 ans après, comme si rien n’avait changé…
Safinez Bousbia: Quand je les ai réunis, honnêtement, je ne voyais pas la différence du tout. La seule chose qui les différenciait c’est qu’il y avait le clan des fumeurs, le clan des buveurs et le clan des pieux. C’est la seule chose qui marquait les différences entre les uns et les autres. Jamais il n’y a eu des histoires de religions…Evidemment quand il y a Chabbat par exemple, on adapte l’emploi du temps!
Radio Judaïca: Le film sort-il en Algérie?
Safinez Bousbia: Pour l’instant non, on espère.
Radio Judaïca: Pourquoi? Son contenu dérange?
Safinez Bousbia: Jusqu’à maintenant je n’ai pas eu de raisons claires et nettes. Certaines personnes me disent que c’est à cause de la présence juive, d’autres me disent que ce sont les passages qui parlent de cannabis, de prostitution, d’autres encore mettent en cause le statut de l’artiste dans ce film…Je n’ai pas eu de réponses claires.
On va se battre parce que c’est important. Et aujourd’hui, si notre génération est comme ça, c’est purement par ignorance.
Une fois, j’ai fumé une cigarette dans un coin de rue pendant le tournage. Un jeune adolescent vient vers moi et on commence à discuter. Il me demande ce que j’étais en train de faire. Je lui raconte le contenu du film. Quand je lui ai dit que ça parlait de juifs et de musulmans, le petit a pété les plombs.
Ce jeune ne savait pas que les juifs avaient vécu à la Casbah et qu’ils ont cohabité avec les arabes. Ce n’est pas comme si c’était il y a 200 ans. C’était à peine il y a 50 ans…
Radio Judaïca:Quel message voulez-vous faire passer?
Safinez Bousbia: C’est tout simplement dire qu’il n’est jamais trop tard de se réconcilier, de rêver, de vivre sa passion, de trouver ses amis. Je trouve que, voir un monsieur, à 98 ans, vivre son rêve, celui de retrouver ses amis d’enfance, est super beau.
Radio Judaïca: Quelles sont les prochains projets de l’orchestre?
Safinez Bousbia: L’orchestre sort en janvier son 2e disque. C’est d’ailleurs la B.O du film. Des concerts ont lieu les 9 et 10 janvier, il fait deux grands concerts au Grand Rex dont un qui sera retransmis en direct dans plusieurs salles de cinéma de France. En fin février, un livre du film sort.
En été 2012, une petite tournée mondiale est prévue. j’espère juste qu’ils auront la force et la santé pour continuer le plus longtemps possible.
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El Gusto de Safinez Bousbia ce mercredi 12 janvier au cinéma. Un vrai moment de plaisir. Un message de paix.






